Que faire d’une ruche bourdonneuse ?

L’observation du couvain réserve parfois de mauvaises surprises. Parmi les hantises de l’apiculteur, une colonie bourdonneuse figure en bonne place… Ce phénomène survient lorsqu’une ruche se retrouve privée de reine fécondé pendant une période trop longue. En l’absence des phénomènes royales qui bloquent leur système reproducteur, certaines ouvrières se mettent à pondre.

Cependant, n’étant pas fécondées, ces ouvrières ne peuvent donner naissance qu’à des mâles (faux-bourdons). Privée de renouvellement de ses forces vives, la colonie est condamnée à dépérir si l’apiculteur n’intervient pas. Attention toutefois : le sauvetage d’une ruche bourdonneuse est une opération souvent délicate. Ces conseils peuvent fonctionner si vous agissez à temps, mais le succès n’est malheureusement pas garanti à 100%.

Comment savoir si une ruche est bourdonneuse ?

Pour éviter de laisser la situation s’envenimer, l’apiculteur doit détecter rapidement les indices qui ne trompent pas. Lors de vos visites sur le rucher, plusieurs signes typiques doivent vous alerter :

  • Plusieurs œufs par cellule: contrairement à la reine qui pond méticuleusement un seul œuf bien centré, les ouvrières s’y prennent souvent à plusieurs reprises. Il n’est pas rare de trouver 2 ou 3 œufs dans une même cellule.
  • Des œufs mal positionnées: l’abdomen d’une ouvrière est bien plus court que celui d’une reine. Ne pouvant pas atteindre le fond de la cellule, elles collent généralement leurs œufs sur les parois latérales.
  • Un couvain très irrégulier: on observe un couvain « en mosaïque », totalement désorganisé, loin des beaux blocs de couvain compacts d’une bonne reine.
  • Une profusion de cellule bombées: le couvain de mâles se repère à ses opercules fortement bombés. Dans une ruche bourdonneuse, ces cellules à mâles sont anormalement disséminées un peu partout.
  • Une colonie nerveuse et bruyante : Le comportement des abeilles traduit leur stress. Le bruissement de la ruche est plus aigu, plus agressif, signe caractéristique d’un orphelinat prolongé.
cadre_ruche_bourdonneuse
cadre de ruche bourdonneuse

Que faire d’une ruche bourdonneuse ?

1 – Trouver la reine

Avant d’entreprendre la moindre action de sauvetage, il est impératif de vérifier qu’il n’y a vraiment plus de reine (ou qu’une reine stérile ne bloque pas la situation). Il faut donc inspecter la ruche attentivement.

Comment trouver la reine dans une ruche ?

Pour repérer la reine : observez une abeille au corps plus long, avec un abdomen pointu, un thorax brillant et une démarche calme, souvent entourée d’une “cour” d’ouvrières. Attention, la reine évite la lumière et se déplace rapidement quand le cadre est exposé.

La recherche est plus facile par beau temps, en milieu de journée et pendant une miellée, lorsque de nombreuses butineuses sont à l’extérieur. Commencez par inspecter les cadres de couvain, vous aurez plus de chance de la trouver au centre de la ruche ! Notamment près des œufs frais (moins de 3 jours), cela prouve que la reine est présente. Inclinez légèrement le cadre pour mieux voir au fond des cellules et utilisez très peu de fumée afin de ne pas la faire fuir.

Il est parfois possible de repérer d’abord la « cour » d’ouvrières avant le reine. Observez le comportement de votre colonie ! Souvent les ouvrières de la cour s’écartent devant la reine, lui font face ou la nourrissent.

2 – Secouer la colonie

Lorsqu’une ruche est fortement bourdonneuse, la méthode du secouage reste généralement la solution offrant les meilleures chances de réussite. Le principe consiste à éloigner la ruche de 20 à 50 mètres du rucher, puis à secouer l’ensemble des abeilles dans l’herbe afin de disperser les ouvrières pondeuses. Les cadres les plus dégradés ou trop bourdonneux peuvent ensuite être retirés avant de replacer une ruche propre à son emplacement d’origine.

Une fois la colonie réinstallée, plusieurs options sont possibles : introduire un cadre de couvain frais, ajouter une reine fécondée ou réunir la colonie avec une ruche saine et forte. Cette méthode fonctionne relativement bien car les ouvrières pondeuses, alourdies par le développement de leurs ovaires, volent très mal et ont toutes les peines du monde à regagner la ruche depuis l’herbe. En revanche, les butineuses et ouvrières normales s’envolent immédiatement et retournent sans encombre à leur emplacement initial. Vous filtrez ainsi la colonie de ses éléments perturbateurs.

3 – Réunion avec une ruche forte

Si la colonie bourdonneuse est trop affaiblie, tenter un sauvetage individuel devient souvent peu viable. La solution la plus raisonnable consiste à la réunir avec une colonie saine et dynamique, idéalement dotée d’une bonne reine. La méthode du papier journal est la plus utilisée pour réaliser cette opération en douceur.

Commencez par retirer les cadres inutiles ou trop dégradés de la ruche bourdonneuse. Sur la ruche saine, déposez une feuille de papier journal directement sur les têtes de cadres. Puis percez quelques petits trous à l’aide d’un lève-cadre. Placez enfin le corps de la ruche bourdonneuse au-dessus. Progressivement, les abeilles vont grignoter le papier pour entrer en contact. Ce délai de 24 à 48 heures permet aux odeurs des deux colonies de se mélanger et limiter fortement les risques d’agressivité lors de la fusion.

Attention ! N’utilisez jamais cette méthode de réunion si vous suspectez la moindre maladie au sein de la ruche bourdonneuse. Vous risqueriez de contaminer votre colonie saine.

Consultez notre article de blog sur la réunion de colonies pour plus de conseils !

4 – Introduction d’une nouvelle reine

C’est une option particulièrement délicate. Une ruche bourdonneuse tolère très mal l’arrivé d’une nouvelle souveraine et aura tendance à rejeter la reine introduite. Pour maximiser vos chances, il est fortement recommandé de secouer préalablement les abeilles à distance (comme expliqué plus haut). Une fois la ruche replacée et les « bonnes » abeilles revenues, attendez 24 à 48 heures avant d’introduire la nouvelle reine fécondée en cagette de transport (avec la languette de candi fermée), le temps que l’orphelinat soit pleinement ressenti par la population restante.

Certaines erreurs réduisent fortement les chances de récupération de la colonie : introduire directement une reine sans préparation, laisser la ruche « se débrouiller seule » ou simplement ajouter un cadre de couvain frais dans une colonie déjà très bourdonneuse. Dans les cas avancés, ces solutions sont bien souvent insuffisantes.

Ma ruche est bourdonneuse, quand agir ?

Pour une ruche bourdonneuse : il faut agir le plus tôt possible.

Plus une ruche reste bourdonneuse longtemps, plus le nombre d’ouvrières pondeuses augmente au sein de la population. Les phéromones de ces ouvrières s’installent dans la ruche. Ce qui rend la colonie agressive à l’introduction d’une reine. Passé un certain délai, le tissu social de la ruche est tellement déstructuré que le sauvetage devient difficile. Si le diagnostic est tardif, il vaut mieux accepter la perte de la colonie plutôt que d’affaiblir une autre ruche.

Un rucher est un ensemble vivant et évolutif : son nombre de colonies n’est jamais fixe. Un cheptel évolue naturellement au fil des saisons, entre renforcements, essaimages et pertes éventuelles. Disposer de plusieurs ruches est un véritable atout ! Cela permet d’accompagner cette dynamique en s’adaptant aux situations. Pour soutenir une colonie faible, réunir une ruche trop affaiblie ou encore rééquilibrer l’ensemble du rucher. Cette diversité de colonies offre à l’apiculteur une marge de manœuvre essentielle pour maintenir un rucher stable, résilient et capable de traverser les aléas du temps.

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